En Guinée, la vraie fracture n’est pas seulement numérique, elle est statistique.
Ceux qui mesurent avancent, ceux qui supposent reculent.
Tant qu’on se contente d’impressions, on confond anecdotes et réalité, bruit et information.
Une décision publique, une stratégie d’entreprise ou un projet social sans base statistique, c’est une voiture lancée de nuit, sans phare, sur une route qu’on ne connaît pas.
Mesurer, ce n’est pas remplir des tableaux pour faire joli dans des rapports.
Mesurer, c’est accepter d’affronter la vérité des faits, même lorsqu’elle dérange nos certitudes, nos habitudes et parfois nos intérêts.
Dans nos administrations, nos entreprises et même nos ONG, on parle souvent de priorités sans être capables de dire précisément ce qui se passe, où, pour qui et avec quelle ampleur.
On improvise des solutions générales à des problèmes que l’on n’a jamais pris le temps de quantifier, de localiser, ni de caractériser sérieusement.
La statistique ne sert pas qu’aux économistes ou aux chercheurs enfermés dans des bureaux climatisés.
Elle sert au directeur d’école qui veut comprendre pourquoi ses élèves décrochent, au médecin-chef qui veut anticiper les ruptures de stocks, au maire qui veut orienter son budget sur ce qui change vraiment la vie des citoyens.
Sans données fiables, on se raconte des histoires, on se rassure avec des discours, mais on n’avance pas.
Avec des données bien construites, on commence à distinguer ce qui marche, ce qui échoue, ce qui coûte trop cher et ce qui rapporte réellement en termes de développement humain.
La vraie modernité, ce n’est pas seulement avoir la fibre et des smartphones dernier cri.
La vraie modernité, c’est une culture de la mesure : chaque action importante doit pouvoir être expliquée, justifiée et corrigée à partir de faits vérifiables.
Tant que nos décisions reposeront sur des impressions, des rumeurs et des copier-coller de politiques importées, nous resterons dépendants des autres pour comprendre notre propre réalité.
Le jour où nous prendrons au sérieux la statistique, nous n’attendrons plus que l’on vienne nous dire qui nous sommes, ce que nous valons et ce dont nous avons besoin.
Construire cette culture statistique commence par une exigence simple comme ne plus accepter une décision importante sans poser une question fondamentale.
Moussa Doumbouya
Consultant, Expert en Statistique 📉
CEO Crisse-Stat-Consulting
